ELLIS ISLAND: porte d’entrée vers les États-Unis.

Des dizaines de millions d’immigrés ont foulé le sol américain entre 1892 et 1954 après un voyage long et pénible pour atteindre l’île d’Ellis. Des hommes et des femmes qui pour la plupart ont économisé des années afin de pouvoir se payer le voyage jusqu’à New York.

red star line

Un voyage long et pénible…

Certains ont pris la route depuis de longues semaines avant d’embarquer dans un bateau, fuyant la famine, les persécutions ou la misère. La traversée se faisait en paquebot, à bord du Cunard (ou White Star Line), une des principales compagnies maritimes. Elle durait en moyenne un mois. Pour certains, elle s’effectuait dans des conditions pénibles : les plus pauvres s’entassaient dans les classes inférieures. Il arrivait parfois que, dans ces cabines,  la chaleur étouffante, due à une mauvaise ventilation, soit responsable du décès de certains immigrants.

…avant l’arrivée sur le sol américain.

A leur arrivée à New York, les bateaux s’arrimaient sur l’Hudson ou sur l’East River. Les plus riches, qui avaient voyagé en première et seconde classe, se faisaient examiner directement dans leur cabine et étaient ensuite escortés jusqu’à l’office de l’immigration. Considérés comme subvenant à leurs besoins sans devenir une charge pour l’Etat, ils ne subissaient pas de réelle sélection. Les passagers de troisième classe étaient quant à eux dirigés vers Ellis Island.  A leur arrivée sur l’île, chaque migrant portait sur lui une étiquette indiquant le nom du bateau dans lequel il avait voyagé.

Ellis Island
Migrants arrivant à Ellis Island (1900’s) – © New York Public Library
L’inspection médicale

Une fois sur l’île, les migrants devaient attendre le verdict des agents qui déterminait leur entrée en Amérique ou non. Ils passaient alors devant le contrôle d’hygiène. Les médecins d’Ellis Island avaient développé un système pour identifier les immigrants qui avaient besoin de soins médicaux. Les médecins, habitués à identifier les migrants malades et affaiblis, pratiquaient un rapide examen, appelé le six second physical. Un examen des yeux permettait de détecter le trachome, une maladie oculaire contagieuse pouvant conduire à la cécité. Suite à une série de brefs examens, les médecins inscrivaient à la craie, une lettre indiquant la maladie potentielle du patient. On pouvait ainsi trouver « CT » pour Trachoma / « X » pour Suspect Mental Defect / « E » pour Eyes / « F pour Face etc. Les migrants jugés infirmes (aveugles, sourds et muets, ou malades mentaux) et ceux ayant des maladies contagieuses étaient ensuite redirigés vers les services médicaux pour un examen plus approfondi. Les personnes malades (tuberculose, lèpre ou trachome) étaient refoulées du sol américain. Ces migrants étaient alors exclus du sol américain et renvoyés immédiatement dans leur pays d’origine au frais de la compagnie de navigation. Seul 2% des arrivants étaient recalés à l’examen médical. Les autres immigrants étaient quant à eux dirigés vers une salle où se déroulait le contrôle juridique.

Immigrants soumis à l'examen des yeux.
Immigrants soumis à l’examen des yeux. – © New York Public Library
L’interrogatoire

Interrogatoire Ellis Island

Après avoir passé l’examen médical avec succès, les immigrants étaient emmenés vers le Great Hall, situé dans le bâtiment principal d’Ellis Island. Cette salle accueillait parfois plus de 10 000 personnes en une journée. Au centre de la pièce, il y avait des grandes rangées de bancs, avec aux extrémités une ligne de bureaux. Commencée alors la Legal Inspection. Un par un les passagers étaient appelés pour être interrogés par un inspecteur des services de l’immigration, assis sur un tabouret derrière un bureau. L’inspecteur était souvent aidé d’un interprète afin de pouvoir communiquer au mieux avec les immigrants. Une série de 29 questions était posée à tous les immigrants.

Ces questions permettaient de comparer les réponses des immigrants et celles écrites sur le registre, donné aux fonctionnaires par l’équipage des bateaux à leur arrivée sur l’île. Si les réponses différaient de celles inscrites sur le registre, les immigrants pouvaient être détenus pour complément d’enquête. Parfois, les agents de l’immigration proposaient d’américaniser les noms de famille des migrants.

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© New York Public Library (1910’s)
Pour les uns, l’ « Isle of Tears »…

Pour la plupart des immigrants, Ellis Island fut l’« Isle of Hope ». Mais pour certains d’entre eux, elle est devenue l’« Isle of Tears ». Le taux de refusés à Ellis Island était de 1 à 2%, ce qui représente environ 250.000 personnes. Les raisons pouvaient être médicales (diagnostic d’une maladie contagieuse pouvant mettre en danger la santé publique) ou d’ordre public (si l’inspecteur pensait que l’immigré était susceptible de devenir une charge pour l’Etat ou pouvait devenir un travailleur illégal).

Les personnes détenues pour des raisons juridiques pouvaient attendre quelques jours voire quelques mois, avant que leur cas soit examiné. Ils vivaient alors dans un dortoir, au troisième étage du bâtiment. Les personnes détenues pour des raisons médicales étaient, quant à eux, soignées dans l’hôpital de l’île ou étaient mises en quarantaine, pendant des semaines, voire des mois. Une commission examinait le rapport médical des individus, et décidait de les laisser entrer aux États-Unis ou de les renvoyer.

« Durant les années où j’ai travaillé là (Ellis Island), jamais je ne suis parvenu à rester insensible ou indifférent aux manifestations de déception, d’anxiété et de désespoir dont j’étais quotidiennement témoin. Ce travail était au mieux, une dure épreuve de vie. »
Fiorello LaGuardia,  maire de New York (1934-1945) auparavant interprète à Ellis Island.

…pour les autres, un billet d’entrée aux États-Unis.

Les immigrants qui avaient obtenu l’autorisation d’entrée sur le sol américain descendaient à l’étage inférieur où ils pouvaient changer des devises, acheter des vivres, ou encore prendre des billets de train. Un tiers des migrants restaient à New York, tandis que les autres partaient vers d’autres États américains. Ceux qui restaient à New York prenaient un ferry qui les amenait à Battery Park, dans le sud de Manhattan. Quant aux autres, ils montaient à bord d’un bateau qui reliait Ellis Island à une gare dans le New Jersey. Ils prenaient alors un train en direction du Midwest ou du sud, pour travailler dans une ferme, une usine ou dans une mine de charbon.

Les immigrants attendent avec leurs bagages devant un guichet pour échanger de l'argent.
Des immigrants  devant un guichet pour échanger de l’argent. – © Levick Edwin (New York Public Library)

Le destin final des émigrés se décidaient devant les  “Stairs of Separation”. Ceux qui ont été dirigés dans les escaliers de gauche ou de droite partaient en direction du ferry ou de la gare pour New York ou le reste des États-Unis. Quant à ceux qui prenaient celui du milieu, ils partaient en détention pour être ensuite expulsé du territoire américain.

Fin du rêve américain ou début d’une nouvelle vie.

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