New York vue par Cédric Faiche, correspondant BFM TV aux Etats-Unis.

Arrivé en 2009 dans la rédaction de BFM TV, il est depuis septembre 2016 le correspondant de la chaîne à New-York City. Dans cet entretien, Cédric Faiche nous raconte sa vie à New York, son métier de journaliste aux Etats-Unis et ses endroits favoris dans la Big Apple.

Comment êtes vous devenu le correspondant de BFM TV à New York ?

J’étais rédacteur en chef adjoint à BFMTV, pour la matinale, à Paris. Tout le monde savait à la rédaction que le poste serait libre à la rentrée 2016. Alors quelques années avant, j’ai commencé à réfléchir à ce que je pourrais apporter pour avoir un maximum de chances d’être choisi. Nous étions 24 candidats rien qu’à BFMTV. Mais j’étais le seul à proposer de profiter des évolutions de la technique pour que le nouveau correspondant soit encore plus mobile et raconte plus souvent ce qu’il voit aux Etats-Unis en se filmant lui-même avec son smartphone, sans essayer de cacher qu’il est seul avec peu de moyens mais au contraire, en profitant de ce que la légèreté du matériel permet de faire désormais, en qualité professionnelle. Les plus jeunes ont l’habitude de se filmer et de faire des directs sur les réseaux sociaux avec leur smartphone, je veux utiliser les outils d’aujourd’hui en y apportant les techniques du journalisme pour soigner le fond et la forme. Et dans les faits, je travaille seul, le plus souvent avec mes smartphones, je fais des directs où j’utilise une perche à selfie pour me cadrer, je tourne mes images avec mes smartphones et je les monte aussi dessus, quand il le faut.

À quoi ressemble le quotidien d’un journaliste aux États-Unis ?

Dès 7h du matin, je fais le tour de l’actualité américaine sur les réseaux sociaux, dans la presse et à la télévision. Et en fonction des besoins de la rédaction, je commence les premiers directs depuis le studio dans mon appartement ou je pars en reportage. Les jours où l’actualité est faible aux Etats-Unis, ou si l’actualité française prend le dessus, je peux ne pas apparaitre à l’antenne de la journée mais je reste en veille, je continue à suivre l’actualité pour être prêt à la  raconter dès qu’on me le demande, sans avoir besoin de trop de temps pour chercher les informations.
Le quotidien est particulier à cause du décalage horaire de 6 heures. A 7h du matin aux Etats-Unis, il est déjà 13h en France. Donc il faut se mettre au travail très vite car la journée est déjà très avancée en France. A 18h heure locale, la première partie de ma journée est terminée car il est minuit en France et je sais que l’antenne ne va pas avoir besoin de moi. C’est le moment où je peux sortir de chez moi sans risque de rater quelque chose, tout en gardant mon smartphone sous les yeux avec les alertes infos. La seconde partie de la journée commence dans la soirée car à 22h30 à New York, il est 4h30 et la matinale commence. Potentiellement, je peux être à l’antenne. Cela dit, en cas d’actualité forte, on peut m’appeler 24h sur 24.

Cédric Faiche lors d’un direct sur BFM TV.

Est-ce différent d’être journaliste aux États-Unis plutôt qu’en France ?

Ce qui est différent pour un correspondant, c’est de travailler seul. Je n’ai que des contacts téléphoniques avec la rédaction à Paris ou mon collègue Jean-Bernard Cadier à Washington. Je ne peux compter que sur moi-même pour faire les reportages, réserver mes billets d’avion, les chambres d’hôtel, les voitures de location, conduire tout en préparant le reportage, trouver à manger, à boire, de l’essence et un lieu pour dormir, c’est compliqué quand je suis dans des zones évacuées lors de catastrophes naturelles par exemple. La solitude est permanente mais je ne la vis jamais mal, c’est surtout une liberté incroyable. Et quand il s’agit d’aller dans des endroits à risque ou de travailler dans des conditions difficiles, que ce soit pour la sécurité, la fatigue ou la faim, je n’ai à négocier qu’avec moi-même, c’est pratique! Mais c’est vrai que les discussions avec les collègues me manquent parfois.
Le fait de travailler aux Etats-Unis plutôt qu’en France complique surtout l’accès aux sources. Aux Etats-Unis, les médias étrangers ne pèsent pas lourd quand il s’agit de décrocher une interview d’une personnalité ou d’un officiel, de faire des directs ou même seulement de filmer, dans des endroits à l’accès limité par les forces de l’ordre, il faut énormément d’efforts supplémentaires pour s’imposer. Surtout que les chaines américaines ont d’énormes moyens quand elles décident de les déployer et il ne reste pas grand-chose quand elles ont réservé à l’avance toutes les chambres d’hôtel ou les voitures de location et déjà interrogé les témoins fatigués de répondre à des journalistes.
L’avantage, c’est que c’est très gratifiant d’être les yeux et les oreilles de sa rédaction dans un pays étranger. La rédaction nous fait confiance pour raconter ce que vivent les Américains.

Parlons maintenant de votre vie new-yorkaise. Qu’est ce qui vous a le plus impressionné à votre arrivée à New York ?

Mon arrivée à New York n’était pas une surprise, je connaissais bien la ville. J’y étais venu six fois au cours des dix dernières années et c’était un rêve d’y vivre un jour. Mais je n’avais pas trouvé le moyen de réaliser ce rêve. J’ai pensé, un peu comme tous les français, me lancer dans la restauration ou la boulangerie, sans être prêt à me lancer. Vivre à New York en pratiquant mon métier, c’est ça qui m’a le plus impressionné, le fait de vivre un rêve éveillé. Encore aujourd’hui, quand je suis dans New York ou en reportage quelque part aux Etats-Unis, je me dis que j’ai une occasion inouïe de vivre ça. C’est beaucoup de sacrifices financiers, la famille et les amis sont loin, mais ce sera sûrement l’un des moments les plus forts de ma vie. En tout cas ma vie ne sera plus jamais la même, y compris quand je serai de retour en France.
En fait, la première fois que je suis arrivé à New York il y a plus de dix ans, j’ai été surpris de…ne pas être surpris. On connait tous New York à travers les films, les séries télé, les photos, les chansons. Et c’est incroyable comme tout cela nous donne une idée fidèle de la ville. Ma seule surprise, je me souviens que c’était les odeurs, celle de la nourriture omniprésente à tous les coins de rue, quelle que soit l’heure, ce mélange de brûlé des vendeurs ambulants avec l’eau croupie des caniveaux, du crottin de cheval près de Central Park. Ca soulève parfois le cœur mais c’est ça New York. Et c’est plus facile à supporter que la pollution de nos grandes villes françaises car il n’y a pas les vieux moteurs diesel comme en France, à part pour les utilitaires. En plus, on est au bord de la mer, de l’air pur arrive de l’Atlantique en permanence. Et puis le ciel est bleu très souvent, même l’hiver quand les températures sont négatives.

Un vendeur ambulant dans le quartier de Chelsea – © Andreas Komodromos

Quel est votre quartier new-yorkais préféré ?

Le quartier dans lequel je vis : Hell’s kitchen. Ce n’est pas le plus luxueux, c’est même l’un des rares encore à peu près abordable à Manhattan. Mais il me permet d’être à 10 minutes à pied de Central Park ou de la rive de l’Hudson pour aller courir ou me promener, à 10 minutes de Times Square, le cœur battant de la ville. C’est important pour être rapidement en direct d’un endroit reconnaissable instantanément par les Français comme étant New York, quand je suis en direct dans la rue. Et quand il y a une tempête de neige, je peux vous dire que je suis content d’habiter au cœur de Manhattan, parce que c’est difficile de se déplacer pour aller trouver dans les endroits symboliques de la ville.
L’avantage d’Hell’s kitchen, c’est aussi que le quartier est très animé avec beaucoup de restaurants, moins chers que dans le reste de la ville. Mais j’adore aussi Central Park, Chelsea autour du Flatiron, arpenter Broadway du nord au sud pour les boutiques, Nolita pour son côté “Montmartre” avec des rues étroites pavées et des bâtiments bas, le quartier du District, près du World trade center, car il y a une marina avec des bateaux, on est au bord de la mer tout en étant à New York…

Quelles sont les adresses que vous recommanderiez pour manger ou boire un verre ?

Mes burgers préférés : “5 napkins” il y a plusieurs restaurants à Manhattan, je prends toujours le burger “avocado ranch” avec de l’avocat, de la sauce blanche, et une viande bien saignante commandée “rare”. Le “Burger joint”, caché dans le lobby de l’hôtel Méridien dans midtown entre la 56th et la 57th rue. On dirait un fast food clandestin, les murs sont recouverts des mots écrits par les clients, je prends le “Works”, burger complet et très juicy. Je me suis mis aux ramens, les bols de soupe avec des nouilles japonaises, mon resto de ramens préféré est Toto Ramen dans Hell’s kitchen, sur la 51th rue.
Pour boire un cocktail en roof top, le skylark, avec vue à la fois sur l’Empire state building et Times Square au loin. Il a une partie couverte pratique quand il pleut et plusieurs terrasses. Les cocktails y sont à une vingtaine de dollars, tips compris, comme partout sur les roof top de la ville, alors autant les boire ici dans ce lieu très chic. Moins chic mais certainement le plus grand roof top de Manhattan avec une autre vue spectaculaire sur l’Empire : le 230 sur 5th avenue. C’est le premier roof top à faire en arrivant à New York. J’aime beaucoup aussi le Press lounge sur la 11th avenue, plus confidentiel, près de chez moi, vue sur la skyline et l’Hudson. Et pour une immersion dans les bars 100% américains sans touristes : le Rudy’s bar, sur la 9th avenue, reconnaissable à son gros cochon rose à l’entrée sur le trottoir. Pichet de bière à 10$ alors qu’ailleurs dans la ville, on n’a qu’une bière pour ce prix-là.

Le 230 Fifth Rooftop un soir d’hiver.

Quels sont vos endroits touristiques préférés à New York?

La statue de la Liberté en premier. Je n’y vais pas souvent mais quand j’accompagne de la famille ou des amis de passage, je suis toujours content de la voir de près. Je suis amoureux de la tour Eiffel à Paris et la statue de la Liberté m’aimante de la même façon. C’est la tour Eiffel des Américains en quelque sorte et en plus elle est en partie française alors le symbole est encore plus fort pour moi. Dans les endroits touristiques, j’aime aussi Times Square, même si je l’évite souvent parce qu’on y perd trop de temps à traverser au milieu de la foule. Mais j’adore me laisser hypnotiser par le gigantisme et le réalisme des écrans quand Times Square est déserte, en pleine nuit ou tôt le matin. Mon moment préféré, c’est pendant une tempête de neige, être presque seul au beau milieu, aucune voiture et tout est baigné dans une lumière rose diffusée par les écrans et réfléchie par le blanc. Enfin Central Park, le poumon vert de New York, indispensable quand la chaleur et l’humidité de l’été rendent New York irrespirable.

Avez-vous une habitude bien américaine que vous avez adoptée depuis votre arrivée aux États-Unis?

Les bagels au petit déjeuner. Ils ont remplacé la baguette. Je ne me lasse pas des burgers bien juteux au restaurant et je suis devenu exigeant, j’évite toutes les chaînes, y compris celles à la mode, pas moins chères. Je me suis fait à l’eau glacée servie dans des verres remplis de glaçons. Même la climatisation excessive l’été, je crois que je m’y suis habitué. Enfin… même quand il fait 40 degrés, j’emporte un sweat pour ne pas tomber malade avec la climatisation des magasins, des restaurants ou du métro. En voiture, j’adore emporter un grand gobelet de café ou de Coca, selon la saison, et le poser dans le porte-gobelets pour le boire en roulant. Je découvre les vins californiens.
En revanche, je ne me fais pas à l’absence de bons fromages et de vins français à prix français, à la bonne baguette, que l’on trouve à New York mais qu’on paye 3,60$, donc que je n’achète presque jamais.
Je trouve que la France est un pays extraordinaire où dans des restaurants qui n’ont rien de luxueux, on mange des plats considérés comme gastronomiques ici. La France, c’est la gastronomie accessible, il suffit de passer la porte d’une boulangerie, d’une charcuterie, d’un petit restaurant ou même d’un supermarché pour y trouver des produits de qualité pour beaucoup moins cher qu’aux Etats-Unis.

Pouvez-vous nous citer un ou plusieurs lieux insolites que vous avez découvert à New-York ?

Les roof tops. Boire un verre ou manger à plusieurs dizaines d’étages de hauteur en contemplant la ville à ciel ouvert, c’est magique. Et sinon l’insolite ne manque pas à New York mais j’ai du mal à ne garder que quelques exemples. Pour un premier voyage à New York, rien qu’entrer dans Grand Central ou traverser le pont de Brooklyn pour voir la skyline est insolite, ou aller voir la mer en métro à Coney Island. Et puis au fur et à mesure qu’on découvre la ville, on remarque des détails qu’on n’avait pas vus, on ose s’aventurer dans des endroits ou a priori il n’y a rien à voir. Mais mon meilleur souvenir de découverte de New York, c’est quand j’ai fait le tour de Manhattan en bateau. Je l’ai fait plusieurs fois en famille et avec des amis, en louant les services d’un Breton installé à New York et qui possède un petit bateau rapporté de Bretagne. C’est Laurent Corbel, avec sa compagnie S-Cruise. En partageant les frais à plusieurs, c’est accessible et bien meilleur marché qu’un hélicoptère qui vous emmène juste 10mn. Là, en bateau, pendant 1h30, vous faites le tour de Manhattan au rythme que vous voulez, là où vous voulez aller, vous pouvez regarder le soleil se coucher derrière le ponts et les buildings, tourner autour de la statue de la Liberté autant de fois que vous voulez et même trinquer face à elle, sur l’eau, loin de la foule qui est à ses pieds. C’est pour le moment l’un de mes plus beaux souvenirs à New York.

2 pensées sur “New York vue par Cédric Faiche, correspondant BFM TV aux Etats-Unis.

  • 7 janvier 2019 à 13 h 20 min
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    A lire l’article, on ne comprend pas ce qui fait la magie de New York pour la personne interviewé, est ce juste le sentiment de réussite d’y être ? Ou le plaisir de vivre dans un ailleurs qui fait des envieux ?
    Enfin quand on sait combien cela coûte (l’auteur mentionne le sacrifice financier), je me demande ce que cela a de si merveilleux?
    Merci,

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  • 11 janvier 2019 à 22 h 34 min
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    Très intéressant de lire le témoignage d’un journaliste à propos de son métier de correspondant. Merci pour cela ! En plus, ca fait rêver !

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