En 1885, un navire lorientais, l’Isère, a marqué l’histoire en transportant la célèbre statue de la Liberté de France à New-York. Ce navire, à l’origine construit pour ses missions dans la Marine nationale, a connu une carrière légendaire ponctuée par des tempêtes et des défis maritimes, tout en jouant un rôle crucial dans l’amitié entre les deux nations. Découvrons ensemble le voyage exceptionnel de ce bâtiment emblématique.
Les débuts de l’Isère
La vaste histoire de l’Isère commence sur les chantiers navals de Lorient en juillet 1863. Construit dans un cadre où l’expertise maritime était mise en avant, ce navire de 62,2 mètres de long, doté de trois grands mâts et d’une coque en fer, a d’abord été mis à l’eau en 1866 et armé en 1868. Dès lors, l’Isère se prépare à naviguer sur les mers de l’Atlantique, du Manche et de la Méditerranée, transportant du matériel pour le compte de la Marine nationale. Le livre « Naufrages en pays de Lorient » mentionne même qu’il a entamé l’une des carrières les plus longues connues par un bâtiment de cette Marine.
Le transport de la liberté
Mais c’est au printemps de 1885 que l’Isère se retrouve face à un défi sans précédent. Sous le commandement du lieutenant de vaisseau Marie-Adolphe Lespinasse de Saune, il est chargé d’un trésor inestimable : la statue de la Liberté, un symbole fort de l’amitié franco-américaine. Le 4 mai, à Ouessant, les amarres se défont, tandis que la fanfare du 39e régiment d’infanterie résonne à l’unisson. Toutefois, le voyage promet d’être tumultueux. L’Isère doit affronter deux tempêtes redoutables qui mettent à l’épreuve son équipage et sa robustesse, tout en transportant 80 tonnes de cuivre et 120 tonnes de fer, soigneusement réparties dans 210 caisses enterrées dans ses cales.
Les épreuves en mer
Le voyage s’annonce rapidement chaotique. Après avoir quitté Le Havre, le navire rencontre de fortes intempéries près de l’archipel des Açores, ce qui oblige le commandant à suspendre la traversée pour effectuer des réparations, du 27 au 29 mai. Bien que l’Isère affronte ces tempêtes avec bravoure, le défi à relever reste de taille. Le 6 juin, à peine remis de ses blessures, l’Isère reprend la mer, avec pour objectif de voir ses précieuses caisses foulées le sol new-yorkais. Le 17 juin, la frégate finit par débarquer à New-York, escortée par trois bâtiments de la marine américaine, marquant ainsi l’aboutissement de ce voyage héroïque et le début d’une nouvelle ère pour la statue.
Une carrière au-delà du transporter
Une fois sa mission accomplie, les années passent et l’Isère, après 40 ans de service, voit son destin changer. En 1904, le navire fait l’objet de plusieurs travaux d’amélioration, mais en 1909, la commission de réforme décide de désarmer définitivement cette frégate emblématique. Étrangement, cette décision ne signifie pas la fin de ses aventures. En tant que ponton à Rochefort-sur-Mer, il conserve une présence rassurante, préférant être un témoin silencieux de l’histoire aux échos des vagues. Mais la guerre arrive, et l’histoire d’amour entre l’Isère et la mer ne fait que commencer. En juin 1940, le dragueur Commandant Dominé, fuyant l’ennemi, se voit contraint de laisser son amarrage au ponton de l’Isère, qui subit les conséquences tragiques de ce conflit.
Un héritage intact
Aujourd’hui, malgré l’oubli qui entoure l’Isère, son histoire reste ancrée dans la mémoire collective. La frégate, bien que touchée lors du bombardement de février 1943, a coulé dans les profondeurs en 1945, mais son souvenir reste vivant, symbolisant la force et la persévérance des marins qui ont défié les tempêtes. Pour les passionnés d’histoire, il est fascinant de voir à quel point cette épave se trouve à seulement dix mètres de profondeur, et pourtant, elle reste invisible à ceux qui tentent de la retrouver. Avec peu de visibilité et de nombreuses activités de pêche autour, le naufrage de l’Isère rappelle non seulement les avancées de la marine française, mais aussi l’importance de sa contribution à l’histoire de l’amitié entre la France et les États-Unis.
Conclusion sur un symbole de liberté
La statue de la Liberté, désormais posée sur Liberty Island, n’est pas seulement un symbole de liberté, mais également le fruit d’un voyage audacieux réalisé par un navire aux origines bretonnes. Le trajet de l’Isère et son épopée maritime ne sont qu’une des nombreuses histoires qui composent la riche tapisserie de l’histoire maritime. Ce voyage nous invite à réfléchir sur l’importance des échanges culturels, ainsi que sur les luttes des hommes et des femmes qui ont façonné notre histoire, rappelant que la liberté mérite toujours d’être célébrée, un voyage à la fois.